URGENT

"JUSQU'AU JOUR OU JE NE PARLERAI PLUS..."

Le chanteur et compositeur Alain Bashung, mort samedi à l'âge de 61 ans des suites d'un cancer à l'hôpital Saint-Joseph, avait acquis en 30 ans l'adhésion d'un large public et le respect de ses pairs en imposant au sommet du rock français une démarche exigeante et originale. Depuis l'automne 2007, il était atteint d'un cancer du poumon et suivait une chimiothérapie.

L'EMOTION AUX VICTOIRES

Ces 24e Victoires de la musique avaient été un triomphe pour Bashung. Avec trois récompenses, dont celle de l'interprète de l'année et du meilleur album pour "Bleu Pétrole", il était devenu l'artiste le plus primé de l'histoire de la cérémonie avec un total de onze trophées. La cérémonie avait également révélé l'extrême fragilité de la santé du chanteur, qui avait dû annuler plusieurs concerts prévus ce mois-ci.

DES TUBES ET UN STYLE UNIQUE

Bashung avait commencé sa carrière en 1966, enchaînant les 45 tours sans parvenir à accéder à la notoriété jusqu'au titre "Gaby, oh Gaby" qui le propulse en haut des charts en 1980. Un an plus tard, le titre "Vertige de l'amour" confirme son talent et conforte sa place à part dans le paysage du rock français, entre succès commercial et exigence artistique.

En fait, en 1962, il avait monté son premier groupe, The Dunces (les cancres), avant d'enregistrer ses premiers 45 tours en ôtant le "c" de son véritable nom, Baschung. Son premier album, "Roman Photos" (1977), est un échec commercial.

Qualifié en 2008 de "dernier des géants" par le magazine Les Inrockuptibles, Bashung occupait depuis quelques années la place enviée auparavant tenue par Serge Gainsbourg: celle d'un artiste à l'aura importante, capable de séduire le grand public comme les amateurs éclairés. Il avait d'ailleurs collaboré avec Gainsbourg en 1982 pour son album "Play Blessures". Sa collaboration avec Gainsbourg ou les auteurs Boris Bergman puis Jean Fauque a débouché sur des albums salués par la critique et régulièrement marqués par des "hits" comme "SOS Amor", "Osez Josephine" ou "Madame Rêve".

Pour son dernier album, récompensé par une Victoire, il s'était entouré de nombreux collaborateurs comme Gérard Manset, Gaëtan Roussel ou Arman Méliès.

Une carrière également marquée par des disques peu faciles d'accès, à commencer par l'audacieux "L'imprudence" (2002). Considéré comme l'un des plus réussis de Bashung, l'album était sorti en même temps que "Le Cantique des cantiques", enregistré avec Chloé Mons, artiste âgée de 28 ans à l'époque, qu'il avait épousée le 30 juin 2001. Il a eu avec elle une fille, après un fils né d'une précédente union.

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SON PARCOURS, SA VIE

Né le 1er décembre 1947 d'un père qu'il n'a pas connu et d'une mère ouvrière, Bashung avait été envoyé à l'âge d'un an vivre chez sa grand-mère, à Wingersheim, en Alsace.

Il avait grandi en écoutant Elvis Presley, Gene Vincent ou Buddy Holly et clôturait sa dernière tournée par une reprise de "Nights in white satin" des Moody Blues. Il avait su marier l'amour du rock avec l'héritage de la chanson française. "Il appartient aux deux univers", résumait en 2002 son biographe Patrick Amine. "Il combine à sa manière les antécédents de la chanson française qui vont de Trenet à Gainsbourg. Du rock anglo-saxon, il a la désinvolture, la liberté musicale, l'humour qui allie le son et le sens."

En 1973, il avait incarné Robespierre dans une comédie musicale sur La Révolution, puis avait rencontré Dick Rivers, pour qui il avait composé.

BASHUNG

ALAIN BASHUNG SUR GRAND ECRAN

Bashung était un passionné de cinéma et avait notamment tourné sous la direction de Fernando Arrabal ou Patrice Leconte. Ce goût pour la comédie transparaissait lors de ses concerts, où Bashung, lunettes noires sur le nez, imposait son charisme ténébreux. Il avait été fait chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur en janvier 2009.

  • 1981 : Nestor Burma, détective de choc de Jean-Luc Miesch

  • 1981 : Le Cimetière des voitures de Fernando Arrabal

  • 1991 : Rien que des mensonges de Paule Muret

  • 1992 : L'Ombre du doute de Aline Issermann

  • 1994 : Ma sœur chinoise de Alain Mazars

  • 1995 : Le Jeu de la clé de Michel Hassan

  • 1998 : Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs... de Charlotte de Turckheim

  • 1999 : Je veux tout de Patrick Braoudé

  • 2000 : La Confusion des genres de Ilan Duran Cohen

  • 2000 : Retour à la vie de Pascal Baeumler (avec Emmanuelle Laborit)

  • 2000 : Félix et Lola de Patrice Leconte

  • 2000 : L'Origine du monde de Jérôme Enrico

  • 2002 : La Bande du drugstore de François Armanet

  • 2003 : Le P'tit Curieux de Jean Marbœuf

  • 2006 : Arthur et les Minimoys de Luc Besson (voix de M Le maudit)

  • 2007 : J'ai toujours rêvé d'être un gangster de Samuel Benchetrit

  • BLEU_PETROLE

    LES HOMMAGES

    Le chanteur Bénabar a rendu hommage à l'artiste disparu dans le journal de 20 heures de France 2. Il a salué "un immense artiste, quelqu'un de différent des autres, un modèle, un immense personnage, accessible, incroyablement humble, à la carrière et au répertoire riches".

    Pour Bertrand Dicale, journaliste à Chorus, Alain Bashung laissera "une trace immense" dans l'histoire de la musique. "Il a exploré toutes les voies possibles du rock et toutes les voies possibles de la chanson française, ensemble et en même temps", a-t-il dit sur France Info. "C'était à la fois un chercheur et un chanteur qui touchait le grand public". (Elizabeth Pineau et Jean-Stéphane Brosse)

    "Alain appartient à la grande lignée des poètes excentriques et solitaires. Il fait des choses sublimes", avait dit de lui Arthur H le 28 février lors des dernières Victoires de la musique, résumant l'avis unanime de l'ensemble des chanteurs français.

    ALAIN BASHUNG 'RESIDENTS DE LA REPUBLIQUE"
    Vidéo envoyée par Alain-Bashung